Deux outils pour aider à l’analyse critique de ses activités
Cet article présente le travail mené par le collectif de formateurs et l’inspection de SVT de l’académie de Normandie, en octobre 2024.
Quand évalue-t-on l’efficacité de son activité ?
Mesurer la réussite de l’objectif didactique ou pédagogique d’une séance s’effectue ordinairement :
- en cours de séance, en écoutant les élèves, en lisant leurs productions, ce qui amène l’enseignant à réguler et différencier sa pédagogie,
- après la séance, lorsque l’enseignant lit les productions de ses élèves, issues d’évaluations formatives ou sommatives, ce qui peut amener à des remédiations et une modification de l’activité formative pour la rendre plus efficiente.
Autrement dit, l’analyse des obstacles des élèves, énoncés à l’oral ou apparaissant à travers leurs écrits est nécessaire pour affiner son recul réflexif sur ses pratiques d’enseignant.
Mais comment s’assurer, dès l’amont de la mise en œuvre, que l’activité conçue atteindra son objectif ?
Deux outils pour estimer dès l’amont de la séance la réussite de son activité
Cette question a fait l’objet d’un travail dont l’article livre les résultats. Cette réflexion a abouti à deux outils, de forme différente mais de même but. Chacun utilisera, s’il le souhaite, celui qui lui convient le mieux.
Ces outils explicitent quelques éléments d’évaluation de l’activité prévue puis mise en œuvre.
Utilisés en amont de la séance, ils aideront l’enseignant à s’assurer autant que possible que l’activité prévue répondra à l’objectif (ou aux objectifs principaux) visé(s) et sera réellement formative pour l’élève.
Outil n°1
Auteurs : Olivier Durmort, Sophie Fortin, Jérôme Gueller, Pauline Guet, Anthony Jauneau, Sonia Lebret, Frédérik Marreau, Guillaume Ruelland
Contributeurs : Sandrine Bihel, Thomas Demarest, Julien Hebert, Grégoire Pitt, Basile Salmon, Eric Trotin
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Outil n°2
Auteurs : Pierre Brucker, Benoît Lautar, Claire Legent et Rose-Marie Vigreux
Exemple d’utilisation de l’outil n°1
Nous proposons d’utiliser l’outil n°1 sur une activité figurant sur le site vivelessvt.com
La description que nous faisons de cette activité est le fruit d’une interprétation car les apports oraux de l’enseignant n’apparaissent pas. Voici les contenus apparents de cette séance :
D’après ce qui est visible, l’enseignant envisage d’apprendre aux élèves à mettre en évidence la respiration d’un être vivant.
Il s’intéresse dans un premier temps à la consommation de O2 par un poisson rouge.
Le professeur présente un dispositif ExAO de mesure de O2 dans une enceinte contenant un poisson rouge.
Il est demandé aux élèves de recueillir les données, de les organiser dans un tableau à construire, puis de les présenter dans un graphique et enfin d’utiliser ces données pour conclure.
Voici l’analyse de cette séance avec l’outil 1
Les éléments principaux à retenir de l’analyse se résument ainsi :
- l’objectif visé par l’enseignant (mettre en évidence la consommation de O2 par le poisson rouge) ne correspond pas à ce que font principalement les élèves, en termes de temps passé (produire un tableau, un graphique). En effet, la consigne ne cible pas l’objectif, et uniquement celui-ci.
- les capacités à mobiliser sont trop nombreuses pour une seule séance au collège :
1-produire un tableau,
2-produire un graphique,
3-tirer une conclusion à partir de résultats.
Il est fort probable que l’enseignant a manqué de temps pour former explicitement les élèves à tirer une conclusion. Or, c’est cela même qui répond à l’objectif visé.
- Les contenus manquent de rigueur : une conclusion qui ne s’appuie pas sur la comparaison avec un dispositif témoin (absent de l’expérience) et qui induit d’autre part une confusion entre « consommer du O2 » et « respirer ». En effet, la respiration se manifeste par deux échanges gazeux : la consommation de O2 et le rejet de CO2.
- Le bilan n’est pas généralisé, il reste centré sur le poisson rouge, ce qui ne favorise pas le transfert dans un nouveau contexte.
- Le choix du vocabulaire est peu opportun : respirer/consommer du O2/prélever du O2.
- Si l’implicite est peut-être levé à l’oral, il ne l’est pas à l’écrit, ce qui peut induire des confusions dans l’esprit des élèves a posteriori.
- Ici, il s’agit de bien distinguer « respirer » et « consommer du O2 » et de ne pas multiplier le vocabulaire apparemment similaire (consommer/prélever).
Proposition d’activités retravaillées
Il est important de centrer le travail de l’élève sur l’objectif de formation (un objectif principal au collège, deux ou trois maximums au lycée). Cela permet d’élaguer ce qui n’est pas nécessaire, de libérer du temps et ainsi d’être plus ambitieux sur la formation des élèves car on prend le temps d’expliciter les choses, en particulier lorsque les compétences sont mobilisées pour la première fois.
À gauche du document ci-dessous figure l’activité initiale, à droite se trouvent deux propositions, chacune d’une heure. Il y a bien sûr une infinité de propositions, mais la constante est de ne cibler qu’un seul objectif d’apprentissage.
Dans l’option 1, nous aurions également pu envisager une démarche d’investigation où l’enseignant de donne pas la solution dès le départ (il n’affirme pas que le poisson rouge respire), mais demande aux élèves de concevoir un protocole qui permettrait de savoir si le poisson rouge absorbe du O2. Cela ne change rien au travail de l’élève qui, selon les deux démarches, doit concevoir le protocole.
Dans l’absolu, le choix de la démarche (investigation ou argumentative) peut dépendre :
- du temps dont l’enseignant dispose. Généralement, la démarche argumentative est plus courte. Elle est intéressante si la manipulation prévue est longue, ou si la notion est complexe à construire par l’élève, dans ce cas, il est plus opportun de lui apporter le savoir et de lui demander de l’argumenter par exemple ;
- et/ou de l’objectif de formation. Par exemple si l’objectif principal de formation est celui de formuler une hypothèse scientifique, alors la démarche d’investigation hypothético-déductive s’impose.
À toutes fins utiles, le document ci-dessous rappelle les caractéristiques de ces deux démarches.
Dans le cas de l’option 1, le bilan pourrait être :
Savoir : la respiration d’un être vivant peut être mise en évidence par la consommation de O2 et le rejet de CO2.
Savoir-faire : pour qu’une expérience soit valable, il faut toujours lui associer un montage témoin. Celui-ci diffère du premier montage par un seul paramètre.
Ici, pour être certain que la diminution de 02 dans l’enceinte (ou dans l’eau) est uniquement due au prélèvement par le poisson, il faut un montage témoin semblable mais sans poisson montrant que la quantité de 02 dans l’eau est constante.
Un autre élément d’explicitation réside dans une grille de critères de réussite de la capacité mobilisée. Cette grille peut être distribuée en amont, pendant ou après la proposition de l’élève (en auto-évaluation par exemple). Cette grille peut être distribuée pour tous en même temps, ou au moment opportun selon les élèves. De tels outils sont donc également un moyen simple de différencier sa pédagogie.



